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Énergie & écologie

Crise énergétique : le marché surchauffe à l’approche de l’hiver…

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Rationnement. Coupures de courant. Voilà des phénomènes que nous pensions révolus… Et pourtant ! Ces termes refont surface dans le débat public. Il faut dire que nous entrons dans une crise énergétique multifactorielle et sans précédent. Si ses conséquences sont difficiles à prévoir, la France ne semble pas particulièrement bien dotée pour affronter la tempête… 

Alors ensemble, faisons le point : car s’informer, c’est déjà se préparer.

“Attention, il va faire tout noir !”

 

Une demande mondiale au plus haut

Le COVID apparaît au cours de l’hiver 2019-2020. La plupart des pays prennent alors des mesures drastiques : fermeture des frontières, confinement de la population, mise à l’arrêt de la production… Pour l’économie mondiale, ce n’est pas une parenthèse mais plutôt un retard qu’elle va s’empresser de rattraper – ou, dit autrement, une dette qu’elle va se dépêcher de rembourser.

Dès l’été 2020, quand les mesures sanitaires se relâchent, l’économie rebondit fortement et, avec elle, la demande énergétique. En 2021, la consommation mondiale d’énergie primaire augmente de 5,8% par rapport à 2020¹, dépasse les niveaux que l’on connaissait avant la pandémie, et finit par battre des records historiques. Cette demande s’explique en partie par le redémarrage des pays industriels les plus peuplés, notamment la Chine et, dans une moindre mesure, l’Inde.

Sauf que l’offre ne va pas pouvoir satisfaire cette demande exceptionnelle…

 

Des tensions sur le gaz

Passé le choc initial de la pandémie, qui entraîne le tassement de la demande et donc des prix, les cours du gaz ont rapidement retrouvé leurs niveaux d’avant-crise, et ce, dès le mois de février 2021. Le gaz était alors perçu comme une énergie fiable, peu chère, facile à stocker, mais aussi plus propre que le charbon. Par sécurité, de nombreux pays (notamment en Asie) ont fait main basse sur les réserves, poussant les prix à grimper davantage…

Dans le même temps, l’année 2021 s’est caractérisée par une baisse de la production gazière du côté russe et norvégiens (en cause, des incidents techniques, et des travaux de maintenance). Toutes les conditions étaient donc réunies pour que les prix du gaz atteignent des niveaux sans précédent : dans certains pays européens, comme la Belgique, il est déjà multiplié par quinze !

Problème : les cours des énergies sont tous interdépendants. La hausse du gaz (et dans une moindre mesure celle du pétrole) a donc entraîné celle de l’électricité. Personne n’est plus à l’abri. 

 

Des tensions géopolitiques

Auparavant, en Europe, environ 45% des importations de gaz provenaient de Russie. Pour la France², c’était plutôt 17%.

Mais en février 2022, avec la guerre, tout change et les désordres du monde s’aggravent. Face aux sanctions économiques et diplomatiques, la Russie demande à ce que les paiements soient faits en roubles, ce que l’Europe a refusé. Depuis, le Kremlin diminue progressivement ses exportations, jusqu’à les stopper complètement pour certains pays – dont la France fait partie depuis la fin du mois d’août³. Pour l’ensemble de l’Europe, et par rapport à l’année dernière, l’approvisionnement en gaz a russe a déjà chuté de presque 60%⁴.

 

Les pays concernés devront trouver des solutions avant l’hiver. Il s’agirait par exemple d’acheter du gaz aux Etats-Unis, aux pays du Golfe ou, dans le cas de la France,  à l’Algérie⁵… Mais, dans un contexte tendu, ces achats se feront forcément à des prix supérieurs.

 

Particularité française : une production nucléaire au ralenti

Pour traverser cette période difficile, la France ne semble pas particulièrement bien armée… Il faut dire que notre parc nucléaire fut essentiellement mis en service dans les années 1980. La durée de vie théorique d’un réacteur étant de 40 ans, certaines centrales vieillissantes doivent déjà fermer, comme ce fut le cas à Fessenheim. Pour pérenniser le secteur du nucléaire français, il faudra donc construire de nouvelles centrales, et parallèlement lancer de grands travaux de rénovation pour permettre aux réacteurs actuels de tenir une décennie de plus. En attendant, la production semble en berne…

 

Car dans les centrales, les avaries s’accumulent. Par exemple, en décembre dernier à Gravelines, une anomalie sur la ligne très haute tension conduit à l’arrêt d’urgence du réacteur. Par ailleurs, EDF a déjà repéré des problèmes de corrosion sur  quatre réacteurs, qui furent mis à l’arrêt immédiatement⁶. Il faut ajouter à ce problème spécifique l’arrêt de 28 réacteurs pour des travaux de maintenance (sur un total de 56 dans le pays). 

Par conséquent, au jour où nous écrivons ces lignes (31 août 2022), le parc nucléaire français n’est utilisé qu’à 41% de sa capacité, et ne pourra pas retrouver son plein potentiel avant l’hiver.

 

Envisager tous les scénarios

Impossible de savoir à quoi ressembleront les mois à venir. Mais dans ce contexte chaotique, où les mauvais signaux s’accumulent, il est sage de prévoir tous les scénarios, des plus optimistes aux plus sombres. Les décisions politiques et le contexte international seront des facteurs très importants, de même que la météo  : plus l’hiver sera rude, et plus les désagréments seront nombreux

Il faut d’abord se préparer à une forte hausse des prix sur toutes les factures d’énergie : gaz, fioul, électricité. Chez les ménages, l’Etat prévoit potentiellement des baisses de tension de 5%, qui devraient être indolores (les ampoules, par exemple, brilleraient un peu moins fort). En dernier recours, des coupures de courant pourront être imposées, d’abord au entreprises très consommatrices, et s’il le faut, sur des villes ou des régions entières sur des périodes de deux heures au maximum⁷ – plus précisément, des coupures tournantes sur des groupes de 200 000 foyers.

Nous l’avons dit, cependant, ce sont les entreprises qui seront les premières touchées. Aujourd’hui, 2300 entreprises industrielles sont menacées de coupures, qui pourront durer quelques heures ou beaucoup plus dans le cas des usines particulièrement énergivores ; les fonderies, par exemple, pourraient être contraintes de fermer pendant tout le mois de décembre. En revanche, les usines moins polluantes et certains secteurs spécifiques (télécommunications, verriers) devraient être à l’abri des coupures. 

Puisqu’elles entrent dans une zone de flou, que les prix du gaz et de l’électricité sont particulièrement volatiles, certaines entreprises prennent les devants et décident de se mettre à l’arrêt d’elles-mêmes. C’est le cas par exemple des entreprises comme Arc ou Duralex, qui prévoient de se mettre en pause pendant plusieurs semaines. Dans la même logique, le 5 septembre, l’entreprise Vert Marine a fermé d’un coup trente piscines publiques. Pour certains observateurs⁸, ces annonces “préfigurent la faillites de certaines PME cet hiver”. Car c’est certain : le climat économique et social ne sera pas au beau fixe.

 

Les collectivités et les entreprises se préparent

Avec la hausse des prix, certains changements sont inévitables. Pour faire face, certaines communes choisissent de fermer des bâtiments énergivores, d’augmenter la fiscalité ou de couper d’autres dépenses. Dans la ville de Mouthiers-sur-Boëme, par exemple, on a décidé de ne plus chauffer la salle des fêtes – il n’y a pas de petites économies⁹

De même, les opérateurs de transport public devront compenser leurs pertes, impliquant soit une augmentation du prix du billet, soit une baisse de l’offre, soit une compensation de la part des communes¹⁰. Ces décisions lourdes de conséquences reposeront donc, au final, sur les élus.

 

Cet hiver, pour éviter les coupures ou les factures hors-norme, nous avons tous un rôle à jouer. Les collectivités, en particulier, devront faire des choix difficiles qui les impliqueront politiquement. Mais plus nous faisons des économies d’énergie, plus nous apprenons à fonctionner sobrement, et plus l’hiver devrait passer en douceur. 

Cette année, comme toutes les suivantes.

 

 

¹ Transitions & énergies, En 2021, le monde a consommé un niveau record d’énergie

² Capital, Gaz russe : la France n’est plus approvisionnée par gazoduc, 17 juin 2022

³ France Info, Gaz : le Russe Gazprom suspendra « complètement » ses livraisons à Engie dès jeudi, du fait de « sommes financières dues » pour des livraisons, 30 août 2022

 RTBF, Flambée des prix de l’énergie : comment en est-on arrivé là ?, 31 août 2022

Les Echos, La France négocie l’augmentation de ses importations de gaz algérien, 28 août 2022

 Le Point, EDF va prolonger l’arrêt de quatre réacteurs nucléaires, 25 août 2022

Ouest france, Électricité : comment s’organiseraient les coupures en cas de besoin cet hiver ?, 30 août 2022

Eugenie Boilait, La fermeture des piscines préfigure la faillite de certaines PME cet hiver, Le Figaro, 7 septembre 2022

 La gazette des communes, Crise énergétique : les collectivités face à une flambée des prix, 10 mars 2022

¹⁰ La gazette des communes, Les collectivités locales devront-elles réduire l’offre de transport public ?, 7 septembre 2022

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