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Énergie & écologie

Le paradoxe énergétique de la Norvège

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Si on vous dit Norvège, vous penserez probablement aux fjords qui font la renommée du pays, et peut-être ensuite au pétrole et au gaz qui font sa richesse. Pas sûr en revanche que vous citiez l’hydroélectricité, qui constitue pourtant 95% de la production électrique du pays. Premier producteur-exportateur d’hydrocarbures en Europe, la Norvège est aussi le premier producteur hydroélectrique du continent, et l’un de ses principaux exportateurs d’électricité. Leader du fossile et leader du renouvelable en même temps : zoom sur l’incroyable paradoxe énergétique norvégien.

Une véritable manne pétrolière

La Norvège est un pays côtier qui s’étend sur plus de 2500 kilomètres de long et possède une façade maritime très importante. Ses eaux riches en poisson ont révélé il y a 50 ans une autre ressource, plus recherchée encore : des hydrocarbures. Du pétrole et du gaz enfermés par milliards de mètres cubes sous la mer, que des plateformes offshore sont venues extraire à partir du début des années 1970.

Ces gisements ont rapidement fait de la Norvège le premier producteur de pétrole et de gaz en Europe. Mais avec une population d’à peine 5 millions d’habitants, le marché intérieur est forcément un peu restreint… Alors le pays s’est mis à vendre ses hydrocarbures, principalement à ses voisins européens. En 2019, la Norvège a ainsi exporté 95% du gaz extrait de ses réserves, devenant le 3ème exportateur mondial derrière la Russie et le Qatar, rien que ça.

Plateforme pétrolière à Ølen, ville côtière de Norvège. © Ingrid Martinussen – Unsplash

Une véritable manne financière, dont la Norvège est devenue fortement dépendante : les énergies fossiles représentent en effet près du quart du PIB du pays. Mais les gens du Nord savent bien gérer leur argent : depuis 1990, toutes les rentrées fiscales liées à l’exploitation pétrolière en Norvège sont affectées à un fonds d’investissement détenu par l’État. Valorisé autour de 1000 milliards d’euros, il s’agit tout simplement du plus grand fonds souverain au monde (devant celui de la Chine et des pays du Golfe), actionnaire en France d’entreprises comme Carrefour, AXA ou encore Renault. De quoi envisager l’avenir – et notamment l’épuisement des réserves en hydrocarbures – avec une certaine sérénité…

Une nature pas avare en eau non plus

Avec de telles ressources en hydrocarbures, on pourrait facilement imaginer que la Norvège produit son électricité avec des centrales thermiques, en brûlant son gaz. Et pourtant il n’en est rien. Car bien avant de découvrir ses gisements de pétrole, le pays avait déjà commencé à exploiter de longue date son potentiel… hydraulique ! La géographie du pays, extrêmement découpé, avec de nombreux reliefs et d’innombrables cours d’eau et lacs, offre en effet de gigantesques capacités de production hydroélectrique (vous pouvez lire cet article pour en savoir plus sur le fonctionnement d’une centrale hydraulique).

Et c’est ainsi que depuis la fin du 19ème siècle, les centrales hydroélectriques essaiment sur tout le territoire. On en compte aujourd’hui près de 900, avec des capacités de production variables : de la mini-centrale qui alimente les villages alentours aux grands complexes capables de fournir du courant à toute une région, comme l’aménagement hydraulique d’Ulla-Førre, au sud-ouest du pays, dont la puissance installée est comparable à celle de deux réacteurs nucléaires français. C’est ainsi que plus de 95% de la production électrique de la Norvège provient de ses ressources en eau, le solde se divisant entre une poignée de centrales au gaz et l’énergie éolienne.

Barrage de ​​Rauland en Norvège – © Bjørn Kamfjord – Unsplash

Au total, la Norvège et ses 5 “petits” millions d’habitant(e)s disposent de la plus grande capacité et production hydroélectriques en Europe (devant la France, l’Italie ou l’Espagne), arrivant au 7ème rang mondial juste après les mastodontes que sont les pays-continents comme la Chine, le Brésil, le Canada, les Etats-Unis, la Russie et l’Inde. Et le pays se retrouve ainsi dans une situation similaire à celle des hydrocarbures : la production d’hydroélectricité se révèle bien souvent supérieure à ses besoins, rendant alors possible la commercialisation du surplus à l’étranger. 

Le marchand d’électricité renouvelable en Europe

Selon les années et la pluviométrie, jusqu’à 18% de la production d’électricité hydraulique du pays peut en effet être vendue à l’étranger, faisant de la Norvège un des principaux exportateurs d’électricité en Europe. Son principal client historique est le Danemark, dont la production électrique dépend à près de 60% de l’énergie éolienne, et qui importe de l’électricité depuis son voisin norvégien quand le vent vient à manquer. Mais des câbles haute-tension sous-marins ont également été posés récemment à destination du Royaume-Uni et de l’Allemagne, qui peuvent dorénavant compenser leur creux de production grâce à de l’électricité norvégienne. À condition bien sûr que la Norvège ne connaisse pas elle aussi son propre creux…

Car depuis plus d’un an, la situation n’est pas favorable. Comme une grande partie de l’Europe, la Norvège subit un cruel manque de précipitations, empêchant le remplissage des retenues d’eau à un niveau convenable. Dans certains réservoirs du sud-ouest du pays, il manque quasiment la moitié du volume d’eau habituellement stocké à la fin de l’été. Une situation qui a contraint les autorités norvégiennes à tirer la sonnette d’alarme, anticipant un potentiel scénario catastrophe cet hiver, dans lequel le pays manquerait d’électricité. Un comble pour ce pays jusqu’ici habitué à jouer les marchands d’énergie.

Le quartier de Bryggen à Bergen en Norvège, en bord de fjord. © Michael Fousert – Unsplash

Les Norvégien(ne)s, inquiet(e)s de cette situation et des menaces de rationnement pour l’hiver à venir, pourront toujours se rassurer en se rappelant que, sur le long terme, le pays dispose encore d’incroyables réserves hydroélectriques. Selon les scientifiques en effet, la Norvège ne tire parti à ce jour que de la moitié de son potentiel hydroélectrique, alors qu’un pays comme la France exploite déjà plus de 90% de ses ressources hydrauliques transformables en électricité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 50% du potentiel hydroélectrique non exploité en Europe se trouverait en Norvège. De quoi envisager la fin des hydrocarbures avec encore plus de sérénité…

 

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