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Énergie & écologie

Dans le Nord, un village d’anciens mineurs vote à 100% pour un maire écolo…

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“L’écologie, c’est un truc de riches : quand on a pas de boulot et des bouches à nourrir, la priorité, ce n’est pas le solaire ou l’agriculture bio”…

Nous avons tous entendu ce genre de phrases – parfois, même, venant de notre propre bouche… Si l’équation peut sembler frappée du bon sens, comment, dans ce cas, expliquer le cas de Loos-en-Gohelle ? Cette commune de 6 650 habitants se situe dans les Hauts-de-France, l’une des régions les plus pauvres, où le taux de chômage bat des records… Pourtant, cette ancienne cité charbonnière, traumatisée par la fermeture des mines à la fin des années 1980, se trouve administrée par un maire écologiste depuis vingts ans – au printemps dernier, il fut même réélu avec… 100% des voix ! Mais que se passe-t-il, par là bas ?

Nous allons voir que les loossois ont astucieusement retourné le problème, en considérant l’écologie non pas comme une dépense luxueuse, mais comme un nouveau modèle de développement, à même de supplanter l’ancien monde exsangue dont la commune semblait prisonnière… 

C’est le récit d’une évasion.

Au commencement était le charbon

Le passé de Loos-en-Gohelle est tout noirci de poussières carboniques. C’est en 1855 que l’activité charbonnière commence : petit à petit, tout le village s’organise autour de l’extraction minière. Six puits sont creusés ; sept terrils montent progressivement aux alentours… Les terrils, ce sont ces collines artificielles où s’accumulent les cailloux et les déchets que l’on extrait du sol. Les terrils de Loos-en-Gohelle étaient les plus hauts d’Europe : c’est dire si on y creusait !

La production de charbon continua de grimper jusqu’aux années 1960. En ce temps là, 5000 mineurs descendaient chaque jour “au fond”. Puis l’industrie s’est effondrée – et, avec elle, le village aussi. En 1986 le dernier puits de Loos a fermé. Silence…

Le bilan de l’épopée minière n’est pas lumineux. Dans la région, les terres et les eaux sont polluées. Le chômage est endémique. Les paysage sont détruits. Pire, beaucoup d’anciens mineurs sont atteints de silicose – une maladie professionnelle irréversible qui touche les poumons.

Et pourtant, en 2001, l’espoir est sur le point de renaître… Jean-François Caron, un kinésithérapeute du village, remporte l’élection municipale. Il décide d’enclencher une stratégie de rupture, et promet de transformer la ville “à petits pas” – avec des résultats spectaculaires…

loos terrilsSur les fameux terrils, la végétation reprend ses droits.

Un mouvement populaire à la base

La nouvelle équipe dirigeante savait que rien ne serait possible sans la mobilisation collective des habitants. C’est pourquoi le maire a commencé par inscrire les terrils au patrimoine mondial de l’UNESCO ; c’était une façon de restaurer la fierté, d’accepter le passé pour mieux aller de l’avant. Puis on organisa des réunions publics, on distribua des questionnaires et des pétitions, on multiplia les processus participatifs tous azimuts – jusqu’aux plans du nouveau skatepark, qui fut dessiné en concertation avec les ados du village. 

Le programme “fifty-fifty” reste emblématique de cette volonté participative. À travers ce programme, la mairie s’engage à soutenir financièrement et techniquement tous les projets de “bien-public” proposés par la population ; en échange, la réalisation et la gestion du projet doit être assurée par les demandeurs. Un exemple tout simple ? Des habitants souhaitaient refleurir leur quartier. Alors la mairie fournit les jardinières, les fleurs, et les riverains s’occupèrent de l’arrosage et de l’entretien. Fifty-Fifty, quoi !

village loosLes habitants sont impliqués dans tous les chantiers.

L’énergie : comment passer du noir au vert ?

Pour une ville historiquement et structurellement enracinée dans la dépendance aux énergies fossiles, la transition écologique représentait un défi de taille… sur le point d’être réussi !

Tout d’abord, des panneaux solaires ont été installés sur tous les bâtiments municipaux. Fidèle à sa philosophie “participative”, la mairie proposa aux habitants de prendre des parts dans la société qui mena ces travaux ; du jour au lendemain, 200 lossois devinrent donc actionnaires de la transition écologique, pour un montant de 40 000 euros. La concrétisation la plus spectaculaire de ce projet se trouve sur l’église Saint-Vaast, dont les tuiles ont été remplacées par des panneaux photovoltaïques – une première en France ! Amen.

Les esprits chagrins pourraient croire que ces installations sont cosmétiques, ou politiques… Et pourtant. Regardons les chiffres. Aujourd’hui, l’énergie solaire alimente 176 foyers. Et ce n’est que le début, puisque la mairie caresse l’espoir du 100% solaire d’ici quelques années, avec l’objectif officiel d’être la première municipalité à bilan énergétique positif en 2050 !

Pour y parvenir, on mise aussi beaucoup sur la rénovation écologique des bâtiments. Tous les logements sociaux respectent désormais les normes HQE (Hautes Qualité Environnementale). Les résidents y trouvent leur compte puisque certains ont vu leur facture énergétique divisée par dix ! Par ailleurs, le chauffage électrique est désormais interdit (de manière tacite) pour toute nouvelle construction. Car à Loos, on privilégie les pompes à chaleur et le triple vitrage !

“Notre Dame du Photovoltaïque” ?

Agriculture : l’avenir en germes…

Dans la commune de Loos-en-Gohelle, il a fallu tout réinventer. Même les métiers éternels de la paysannerie. 

Tout d’abord, des systèmes de récupération d’eau de pluie ont été construits, car l’eau du sous-sol était souvent trop polluée pour l’arrosage. Ensuite, pour inciter les agriculteurs à changer leurs pratiques, la maire a offert des terrains gratuits… à conditions que les acquéreurs se convertissent au bio. Pari réussi, puisqu’un tiers des agriculteurs locaux ont fait ce choix. Le bio exigeant plus de main d’oeuvre, c’est l’un des facteurs qui explique le taux de chômage légèrement inférieur de Loos-en-Gohelle – cinq points en moins que pour les communes alentours.

Enfin, pour favoriser au maximum la consommation locale, la mairie pousse à la diversification des cultures, prenant même la tête d’un ambitieux projet avec d’autres villages alentours, nommé “l’Archipel Fruitier”, dont l’objectif est de multiplier les productions de fruits et légumes afin de ne plus importer de denrées du Sud de l’Europe. Des espaces publics et des jardins privés (sur la base du volontariat) pourraient même être cultivés ! Une petite révolution dans le monde assez cloisonné  des terres agricoles…

Des logements sociaux éco-construits.

Une mine d’idées pour la vie quotidienne

Parce que dans la vie, y’a pas que le travail. Une ville doit permettre les rencontres, la création, la fête… Bref. La vie ! Pour cette raison, le coeur minier de la ville fut transformée en espace polyvalent où fleurissent les activités culturelles, économiques et éco-responsables. Son nom ? La Base 11/19. On y trouve aussi bien des accélérateurs et des pépinières d’entreprises qu’une scène nationale où se jouent des pièces et des concert…

Et pour fluidifier cette vie locale, les loossois ont même lancé leur propre monnaie : la Manne. Depuis le Covid, sa valeur s’envole. D’ailleurs, c’est en Manne que la mairie récompensa les couturières bénévoles qui ont fabriqué des masques en plein confinement. Solidarité. Circularité. Durabilité. La boucle est bouclée.

La fameuse base 11/19, de nuit.

À l’issue de notre visite, Loos-en-Gohelle nous apparaît donc comme un laboratoire, un monde en miniature où tout allait mal, mais où l’audace et l’imagination ont ouvert de nouvelles fenêtres sur l’avenir, comme une bouffée d’air frais… 

Si cette ville en est capable, alors, pourquoi pas toutes les autres ?

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