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Énergie & écologie

Agriculture et énergie : marions-les ! (dans un champ d’abricots)

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L’agriculture. L’énergie.

Deux secteurs essentiels à notre survie. Mais aussi deux secteurs en crise.

On leur reproche de détraquer le climat, de polluer l’air, l’eau, le sol. Et pourtant, la demande augmente… 

Et si, depuis le départ, notre erreur avait été de séparer ces deux activités ? Car quand elles sont réunies, sur un même territoire, l’agriculture et l’énergie peuvent faire des étincelles : chacune devient plus forte et compense les désagréments de l’autre. C’est ce qu’on appelle l’Agrinergie®.
Développée depuis plus de 10 ans par Akuo, producteur d’énergie renouvelable et sa filiale agricole,  Agriterra, l’Agrinergie® est la combinaison d’activités agricoles et de production d’énergie renouvelable sur un même site, réduisant ainsi la compétition foncière entre ces deux productions, dans des conditions garantissant l’efficacité, la durabilité et la viabilité de chaque système.

Parfois écrite agri-énergie, ou même agrinergie… Ne cherchez pas ce mot nouveau dans le dictionnaire ; son orthographe n’est pas encore fixée ! Mais quoi qu’il arrive, dans les années qui viennent, nous allons l’entendre de plus en plus…

Tout cela vous paraît trop théorique ? Très bien. Redescendons sur terre. Dans un petit village du Gard, par exemple, à Bellegarde ? C’est là que nous avons rencontré Marc Portier.

Marc a 61 ans. Dans son champ, il fait pousser des abricots et des panneaux solaires. Et ça marche.

On vous le présente ?

La naissance d’un projet

Rien ne prédisposait Marc à devenir le pionnier d’une nouvelle pratique agricole… Viticulteur de formation, cet enfant du pays travaille sur la propriété paternelle depuis ses vingt ans. Rapidement, il comprend que sa parcelle jouit d’un micro-climat ; parce qu’elle est en hauteur, les hivers y sont moins rudes et le risque de gel moins important ; parce qu’elle est inclinée, face au soleil, le sol y est bien chaud et particulièrement drainant. En 1991, donc, Marc s’oriente vers la production fruiticole et jette son dévolu sur l’abricot – fruit typique de la région.

Aujourd’hui, son verger est l’un des plus anciens des environs. C’est aussi l’un des premiers labellisés “biologique”, dès le début des années 2000. C’est d’ailleurs à cette époque, en pleine reconversion, qu’il reçoit le coup de fil d’un ami… Marc se souvient  :

— Il prenait sa retraite. Il cherchait quelqu’un pour s’occuper de son verger. Son terrain se trouve tout près du mien, alors j’ai accepté…

Sauf qu’en arrivant sur place, Marc découvre un verger un peu particulier : moitié abricot, moitié photovoltaïque. Le voilà lancé dans une aventure agriénergique, par la force des choses ! 

La culture traditionnelle : un équilibre fragile

Le cas de Marc est particulièrement intéressant, puisqu’il produit des abricots de façon traditionnelle sur sa propre parcelle, et non loin de là, des abricots sous des panneaux photovoltaïque sur la parcelle de son ami. Il occupe donc une position privilégiée pour comparer ces deux modes de production :

— Les deux ont des avantages et des inconvénients. En culture traditionnelle, les abricotiers ont plus d’ensoleillement. Donc les rendements augmentent. Par contre, les fruits sont extrêmement vulnérables. Ils ne sont pas à l’abri des intempéries… La période la plus sensible, c’est la floraison. S’il y a trop de pluie à ce moment là, on se retrouve avec des problèmes de Monilia, un champignon qui fait pourrir les fleurs. Alors la récolte s’effondre. Certaines années, j’ai perdu 100% de mes fruits. 

Rien à vendre certaines années ? Décidément, les agriculteurs marchent toujours sur la corde raide… Mais ce n’est pas tout. Car si les abricots craignent l’excès de pluie, ils craignent aussi l’excès de chaleur : 

— Par exemple, en juillet-août, on a eu des canicules. Dans ces conditions, l’abricot cuit sur l’arbre… Alors il tombe, ou devient noirâtre… Ce n’est plus commercialisable en premier choix ; on peut juste en faire des confitures… Mais dans ce cas, je les vends moitié prix. 

La culture agriénergique : une forme de sécurité

Bien au contraire, les abricotiers qui poussent à l’ombre des panneaux photovoltaïques sont relativement protégés. Marc s’en réjouit : 

 — La production est beaucoup plus régulière. Les fruits sont protégés du chaud, du froid, de la pluie… Et pour moi, c’est mieux aussi, je travaille à l’ombre ! En pleine canicule, c’est agréable.

La sécurité financière n’est pas le seul avantage, car l’agriénergie s’avère aussi plus écologique, dans la mesure où les arbres consomment moitié moins d’eau sur l’ensemble de l’année. Mais alors, pourquoi garder les abricots traditionnels à côté ? C’est que pour Marc, les deux pratiques ne doivent pas être opposées. Elles sont plutôt complémentaires, car l’agriénergie présente également certaines faiblesses : 

 — Sous les panneaux solaires, la production est plus régulière… Mais elle est plus petite aussi ! En moyenne, on récolte 20% de moins. La partie agriénergie, pour moi, c’est plus un filet de sécurité, pour les années difficiles. Et puis l’abricot est différent. Il a moins de soleil, donc il est un peu moins sucré. Par contre, qu’est-ce qu’il est beau ! Aucun défaut. Il est plus brillant. Même ses feuilles ressemblent à des plantes grasses. 

Des perspectives d’avenir…

Très satisfait de son expérience agriénergique, Marc entend bien la poursuivre et même l’approfondir : 

— Sur ma parcelle traditionnelle, les arbres sont vieillissants, la production diminue, tandis que sur la parcelle agriénergique, les arbres arrivent à maturité. En volume total, cette production va bientôt dépasser la première. Alors je ne m’arrête pas en si bon chemin. Il y a trois ans, j’ai décidé de planter des cerisiers à l’ombre des panneaux solaires : on pense que ça va fonctionner pareil. Le gros avantage, ce sera de mettre les cerises à l’abri des pluies. Au mois de mai, quand éclatent les gros orages, les dégâts peuvent être terribles… Mais ce n’est pas tout ! On a aussi planté 1800 pieds de vigne pour faire de raisin de table. Dès l’année prochaine, on va faire un essai avec des champignons, de la morille pour être précis. Et même du maraîchage, avec des cultures comme le radis, l’oignon, l’épinard… Pour moi c’est un nouveau métier. Tu te rends compte, à soixante ans, je vais m’emmerder à me casser le dos ! Mais ça c’est marrant, ça me change des abricots…

La parcelle de Marc se transforme en véritable laboratoire de R&D. Sur ce point, d’ailleurs, il est accompagné par les ingénieurs d’Agriterra, la filiale agricole d’Akuo Energy producteur d’énergie verte, qui sont, eux, propriétaires des panneaux solaires. Une collaboration fructueuse : 

— On essaye de rentabiliser ce qu’on a. Les techniciens passent voir souvent, on discute, ils sont à l’écoute… Pour l’instant, les résultats sont jugés moyens. Le défi, c’est d’avoir plus de lumière. En ce moment, Akuo travaille sur de nouveaux panneaux solaires qui font passer la moitié de la lumière, de manière plus homogène. L’important, c’est de voir les progrès. Les tonnages s’améliorent. On perfectionne nos techniques. Par exemple, cette année, on va faire des arbres plus volumineux pour augmenter la production, en taillant plus léger, et en laissant des branches plus hautes. Les techniciens avaient peur que cela abime les panneaux, mais je les ai convaincus !

Les arbres, donc, sont donc suivis de près ?

— Tout est mesuré ! Il y a des stations météo, des capteurs… On calcule la croissance des arbres, leurs besoins en eau… On cherche très précisément le réglage idéal.

Et la recherche scientifique ne s’arrête pas là. Si la production d’abricots reste une priorité, les équipes d’Akuo Energy visent également un cap écologique en essayant de recréer un écosystème naturel. Ainsi furent installés, sous les panneaux solaires, des nichoirs pour les oiseaux, d’autres pour les chauves souries, une marre pour les insectes et les plantes aquatiques…

 

Un projet qui va faire des petits…

Pour Marc, c’est clair : pour rien au monde il ne reviendrait en arrière. Mais qu’en pensent ses voisins, ses collègues ? Sa réussite déclenche-t-elle des vocations ? Quand on lui pose la question, il se met à rire : 

— Sans plus ! Dans la région, ils sont plutôt dans la performance. Mais je crois que ça va changer… C’est dans l’air du temps. Il y a des budgets énormes pour développer ce type de production : les banques, les industriels investissent… Mais les mairies bloquent encore, parfois. Les Chambres d’Agriculture, aussi, sont réticentes… 

Si son projet ne soulève pas encore les foules, Marc sait que l’agriénergie est promise à un grand avenir. Elle pourrait même sauver l’agriculture traditionnelle, qui fait face à tant de difficultés.

— Moi, ça m’éveille, ça m’enrichit… C’est une autre façon de faire de l’agriculture. J’espère qu’un jour ce sera la norme. Plus ça va, plus l’agriculture est difficile à rentabiliser… On sait que les aléas climatiques deviennent plus violents… On a perdu notre climat tempéré… Je pense que les métiers de producteurs agricoles et producteurs d’énergie vont se rapprocher à l’avenir… Car tout le monde y trouve son avantage.

Ce fut son mot de la fin. Très occupé, même en plein mois d’octobre, Marc devait repartir dans son verger. La mission du jour ?  Tailler les arbres !

— On sélectionne les meilleures branches, on fait passer la lumière, on donne une forme… Bref, on désépaissit, comme les coiffeurs ! 

Mais alors, la prochaine révolution sera-t-elle agricole, énergétique et salon de coiffure à la fois ? 

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